Entreprise
Créer sa micro entreprise en 2026 : c'est gratuit, et voilà les quatre murs
Créer une micro entreprise ne coûte rien et se fait en ligne. C'est vrai, et ça ne dit rien de ce qui vous attend vraiment. Voici mon parcours, daté au jour près, avec ce que j'ai payé pour rien, ce qui a bloqué, et les chiffres que personne ne met en avant.
Ce que ça coûte, et combien de temps ça prend
Créer une micro entreprise est gratuit. La démarche se fait en ligne sur le guichet unique de l'INPI, elle prend une trentaine de minutes, et personne n'a le droit de vous facturer l'immatriculation elle même.
Le numéro d'entreprise arrive ensuite, entre quelques jours et quatre semaines selon les dossiers. Le mien est tombé en deux jours, et je vais vous expliquer pourquoi ce n'est pas une bonne nouvelle en soi.
Voilà pour la version officielle, celle que vous lirez partout. Elle est exacte et elle est incomplète, parce qu'elle décrit le chemin quand tout va bien.
Moi, j'ai mis trois semaines, payé soixante euros pour rien, vu mon dossier annulé une fois et refusé une autre. Rien de tout cela n'était écrit nulle part avant que je le vive. C'est l'objet de cet article.
Vous êtes 758 600 à l'avoir fait l'an dernier
Avant de raconter mon parcours, un peu de contexte, parce qu'il change la façon de lire la suite.
En 2025, la France a enregistré 1 165 800 créations d'entreprises. C'est un record, et c'est une hausse de cinq pour cent après six pour cent l'année d'avant. Sur ce total, 758 600 sont des micro entreprises, soit environ deux créations sur trois.
Autrement dit, vous n'êtes pas en train de faire quelque chose de rare ou de compliqué. Des centaines de milliers de personnes passent par là chaque année, et la machine administrative est faite pour ça.
Ce qui est rare, en revanche, c'est qu'on vous dise à l'avance où elle coince.
Le vrai prix, et celui qu'on vous propose
Commençons par l'argent, parce que c'est là que j'ai perdu le plus bêtement.
L'immatriculation d'une micro entreprise est gratuite. Zéro euro. Il n'y a ni frais de greffe, ni frais de dossier, ni timbre à payer. Vous remplissez neuf écrans sur le guichet unique et vous signez.
Beaucoup de sites proposent de faire la démarche à votre place, pour une somme qui va de cinquante neuf euros à deux cents euros selon la formule et le type d'entreprise. Ce n'est ni une arnaque ni un scandale : ce que vous payez, c'est un accompagnement, une vérification de vos pièces, et quelqu'un à qui parler.
Mais il faut savoir ce que vous achetez. Vous n'achetez pas le droit d'exister, vous achetez de ne pas être seul devant le formulaire. Et il faut savoir que la version gratuite existe, ce que ces sites ne mettent pas en avant.
Mon parcours, jour par jour
Voici les vraies dates. Je les donne parce qu'elles montrent quelque chose qu'aucun guide ne montre : le temps ne se passe pas là où on croit.
Trois semaines, dont deux jours d'administration réelle
- Fin août 2026
Je passe par un prestataire, et je paie soixante euros
Je pensais gagner du temps. J'ai perdu trois semaines et trente euros.
- 31 août
J'annule le dossier
Motif écrit de ma main : l'impossibilité de réunir et de fournir les pièces justificatives. Aucune formalité n'avait été déposée auprès de l'administration.
- 1er septembre
Remboursement partiel
Trente euros et neuf centimes sur les soixante versés, sans explication du calcul.
- 16 septembre, 23h50
Je dépose moi même, au guichet unique
Gratuit. Neuf écrans. Une trentaine de minutes. Le blocage des pièces avait été levé par une facture de téléphone à mon nom, à l'adresse où je vis vraiment.
- 17 septembre
L'INSEE refuse mon dossier
Pas un rejet définitif, une mise en attente de régularisation. Le motif : le libellé d'activité que j'avais écrit ne leur permettait pas de m'attribuer un code.
- 18 septembre, au matin
Je réécris mon activité et je renvoie
Le dossier est conservé, seul le libellé change. Il ne faut surtout pas cliquer sur le bouton qui recommence tout.
- 18 septembre, 10h19
L'INSEE valide
Moins de trois heures après ma correction.
- 18 septembre, 15h13
Le greffe m'envoie mon extrait Kbis
Immatriculé. Deux jours après le dépôt, là où l'on m'annonçait une à quatre semaines.
- 19 septembre
Et mon SIRET n'existe toujours pas
C'est le quatrième mur, et le plus déroutant. J'y reviens plus bas.
Regardez où est passé le temps. Sur trois semaines, l'administration a mis deux jours. Tout le reste, ce sont mes propres blocages, et deux d'entre eux étaient évitables si quelqu'un me les avait dits.
Premier mur : le justificatif de domicile
C'est celui qui m'a coûté trois semaines, et c'est le plus bête.
Pour créer une entreprise, il faut prouver où elle est domiciliée. Si vous l'installez chez vous, il faut un justificatif de moins de trois mois à votre nom, à cette adresse. Une facture d'énergie, de téléphone, d'internet, un avis d'imposition.
Le piège n'est pas la pièce elle même. Le piège, c'est de ne pas avoir fait son changement d'adresse. Si vous avez déménagé et que vos abonnements sont restés à l'ancienne adresse, ou qu'ils sont au nom de quelqu'un d'autre, vous n'avez rien à fournir et vous ne le découvrez qu'au moment de déposer.
Le conseil qui aurait tout changé pour moi : réglez cette question avant d'ouvrir le formulaire. Pas pendant. Rassemblez les trois ou quatre pièces d'abord, et le dépôt devient une formalité de trente minutes.
Deuxième mur : l'INSEE ne veut pas le nom de votre métier
Celui là est plus subtil, et je n'ai vu personne l'expliquer correctement.
Le formulaire vous demande de décrire votre activité. Instinctivement, on écrit un intitulé de métier, court et propre. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire.
L'INSEE ne lit pas votre déclaration pour savoir comment vous appeler. Elle la lit pour vous attribuer un code d'activité, et pour cela elle a besoin de comprendre ce que vous faites concrètement. Un intitulé ne le dit pas.
Ce que l'INSEE attend est simple une fois qu'on l'a compris : l'activité principale en premier, puis le détail concret de ce que vous faites, et enfin ce que vous ne faites pas.
Cette dernière partie est celle que tout le monde oublie, et c'est la plus utile. Si vous ne fermez pas la porte, l'administration peut vous rattacher à un code voisin par habitude, et vous vous retrouvez classé dans une activité qui n'est pas la vôtre.
Commencez par le verbe, pas par le nom
« Édition d'un site internet qui publie et compare des offres », pas « éditeur web ». La machine cherche une action, pas une étiquette.
Détaillez ce que vous produisez vraiment
Les articles, les vidéos, les services, les supports. Trois ou quatre lignes valent mieux qu'une formule élégante.
Dites d'où vient l'argent
Commissions, ventes, prestations facturées. C'est ce qui range votre activité dans la bonne famille.
Fermez explicitement les portes voisines
« Aucune vente de produit, aucune prestation facturée à des particuliers. » Cette phrase m'a évité d'être reclassé dans le commerce de détail, qui était le code de mon ancienne activité.
Troisième mur : le Kbis n'est pas le SIRET
Le 18 septembre à quinze heures treize, le greffe du tribunal de commerce m'envoie mon extrait Kbis. Mon entreprise existe, elle est immatriculée, le document est signé par le greffier.
Le lendemain, impossible de donner mon SIRET à qui que ce soit. Il n'existe pas encore.
Voilà pourquoi, et retenez le parce que c'est la source d'une confusion permanente. Deux administrations différentes travaillent sur votre dossier, dans cet ordre : le greffe immatricule et délivre le Kbis, l'INSEE inscrit ensuite votre établissement au répertoire Sirene et attribue le SIRET.
Entre les deux, il y a un délai. Un à trois jours ouvrés le plus souvent, parfois davantage.
Une personne physique garde le même numéro d'entreprise toute sa vie, d'ailleurs. Quand elle recrée une activité, l'administration réveille l'ancien numéro au lieu d'en créer un nouveau. Mon numéro d'aujourd'hui est celui de l'entreprise que j'avais radiée en 2024.
En attendant le SIRET, vous pouvez déjà facturer. Il suffit d'écrire « SIRET en cours d'attribution » et de joindre votre document d'immatriculation.
Quatrième mur : tout commence quand vous croyez avoir fini
Le numéro obtenu, on a le sentiment d'avoir terminé. C'est le moment où la vraie liste démarre, et personne ne vous la donne.
Tenir un livre des recettes
C'est une obligation, pas une bonne pratique. Toutes vos recettes, dans l'ordre des dates, avec le montant, le mode d'encaissement et la référence de la pièce. Un tableau suffit.
Déclarer votre chiffre d'affaires
Tous les mois ou tous les trois mois selon ce que vous avez choisi, même quand il est à zéro. Une déclaration oubliée coûte une pénalité, y compris pour un montant nul.
Facturer sans TVA, et le dire
En franchise de TVA, vos factures ne portent aucune TVA et doivent afficher la mention « TVA non applicable, article 293 B du code général des impôts ». L'oublier vous expose à devoir la reverser.
Surveiller le seuil de TVA
La franchise s'arrête au delà d'un certain chiffre d'affaires annuel, autour de trente neuf mille euros pour les prestations de services. Au delà, vous devenez redevable, et ce n'est pas rétroactif au bon moment si vous le découvrez trop tard.
Ouvrir un compte dédié le jour où il le faut
Un compte bancaire séparé devient obligatoire si vous dépassez dix mille euros de recettes deux années de suite. En dessous, il reste vivement conseillé : il rend votre livre des recettes lisible en une minute.
Mettre à jour votre adresse fiscale
Si vous avez déménagé, votre espace sur le site des impôts porte encore l'ancienne. C'est là que partiront les courriers qui comptent.
Les chiffres que personne ne met en avant
Je termine par là, parce qu'un article qui ne dirait que « c'est facile et c'est gratuit » vous rendrait un mauvais service.
L'INSEE a suivi la génération de micro entrepreneurs immatriculés en 2018, et a regardé où ils en étaient cinq ans plus tard. Voilà ce que ça donne.
Et pour ceux qui tiennent, le chiffre d'affaires moyen s'établit à vingt mille euros par an. Une fois retirées les cotisations et les charges, le revenu réel tourne autour de dix mille six cents euros annuels, soit à peu près soixante pour cent d'un SMIC net.
Ces nombres ne disent pas qu'il ne faut pas se lancer. Ils disent que l'immatriculation n'est pas le sujet : elle est gratuite, rapide et accessible à tous, et c'est précisément pour ça qu'elle ne protège de rien.
Les questions qu'on m'a posées
Combien ça coûte vraiment de créer une micro entreprise ?
Zéro euro si vous passez par le guichet unique de l'INPI, qui est la voie officielle. Il n'y a ni frais de greffe ni frais de dossier pour une micro entreprise.
Les offres payantes que vous verrez, de cinquante neuf à deux cents euros, vendent un accompagnement, pas l'immatriculation. C'est un choix légitime si vous voulez être guidé, à condition de savoir que la version gratuite existe.
Combien de temps pour obtenir mon numéro ?
Comptez une à quatre semaines selon les sources officielles. Le mien est arrivé en deux jours, mais je n'en tire aucune règle : un dossier complet sans activité réglementée va vite, un dossier incomplet repart à zéro et ajoute deux à quatre semaines.
Le facteur qui décide vraiment, c'est l'état de vos pièces avant de commencer.
Mon dossier est en attente de régularisation, c'est grave ?
Non, et il ne faut surtout pas le confondre avec un rejet. En attente de régularisation veut dire que votre dossier est conservé et qu'il manque quelque chose : vous corrigez, vous renvoyez, et l'instruction reprend.
Un rejet, lui, est définitif et oblige à redéposer. Dans mon cas, la régularisation a été validée en moins de trois heures.
J'ai mon Kbis mais pas de SIRET, est ce normal ?
Oui. Le greffe immatricule et délivre le Kbis, l'INSEE attribue ensuite le SIRET et le code d'activité. Il y a un à trois jours ouvrés entre les deux, parfois plus.
Attention si vous avez déjà eu une activité : l'avis de situation vous affichera votre ancien établissement, souvent marqué cessé. Ne communiquez pas ce numéro là.
Faut il un compte bancaire professionnel ?
Pas immédiatement. Il devient obligatoire seulement si vous dépassez dix mille euros de recettes deux années de suite.
En dessous, un compte personnel dédié à l'activité suffit, et il est vivement conseillé : il rend votre livre des recettes lisible et évite de mélanger vos dépenses.
Est ce que je peux facturer avant d'avoir mon SIRET ?
Oui, en portant la mention « SIRET en cours d'attribution » sur la facture et en joignant votre document d'immatriculation si votre client le demande.
Certaines plateformes, en revanche, exigent un numéro complet avant de vous payer. Vérifiez ce point avant de compter sur un versement.
Et si je me trompe dans mon libellé d'activité ?
Vous recevrez une demande de régularisation, comme moi, et vous corrigerez. Ce n'est pas une faute grave, c'est un aller retour de quelques heures à quelques jours.
Le code d'activité qui en découle n'a d'ailleurs aucune conséquence fiscale. Il sert au classement statistique, et parfois à des conventions collectives qui ne concernent pas un micro entrepreneur sans salarié.
Ce que je ferais différemment
Si je devais recommencer, je ne changerais qu'une seule chose, et elle ne coûte rien : je rassemblerais mes pièces avant d'ouvrir le formulaire, pas pendant.
Le justificatif de domicile à jour, la pièce d'identité, et trois lignes écrites à l'avance qui décrivent mon activité avec des verbes plutôt qu'un titre de métier. Avec ça, les trois semaines deviennent une soirée, et les deux jours de l'administration restent les deux jours de l'administration.
Je n'aurais pas payé les soixante euros non plus. Non pas parce que l'accompagnement ne vaut rien, mais parce que je ne savais pas encore ce que j'achetais. On ne peut pas juger un service dont on ignore l'alternative gratuite.
Et je retiens surtout ce que les chiffres de l'INSEE disent sans ménagement : l'immatriculation n'est un obstacle pour personne, et c'est bien pour ça qu'elle ne prouve rien. Le vrai travail commence après, quand plus aucun formulaire ne vous dit quoi faire.
Les sources
- Créations d'entreprises en 2025 : 1 165 800 créations au total, dont 758 600 micro entreprises, en hausse de 5 % sur un an.INSEE Première n° 2092lu le 19 septembre 2026
- Micro entrepreneurs immatriculés en 2018 : 28 % encore actifs cinq ans après sur l'ensemble des immatriculés, 39 % parmi ceux ayant démarré, 54 % à trois ans. Chiffre d'affaires moyen de 20 000 euros en 2023 et revenu d'activité estimé à environ 10 600 euros.INSEE Première n° 2069lu le 19 septembre 2026
- Formalité de création de micro entrepreneur, gratuité et délais d'attribution du numéro : démarche en ligne sur le guichet unique, sans frais d'immatriculation.INPI, guichet unique des formalités d'entrepriseslu le 19 septembre 2026
- Distinction entre attente de régularisation et rejet, et causes fréquentes de blocage dont le libellé d'activité rattaché aux codes de l'INSEE.INPI, foire aux questions du guichet uniquelu le 19 septembre 2026
- Récit, dates et montants du parcours décrit : dossier annulé le 31 août 2026, remboursement de 30,09 euros le 1er septembre, dépôt au guichet unique le 16 septembre, refus de l'INSEE le 17, régularisation et extrait Kbis le 18 septembre 2026.dossier de création de l'entreprise éditrice d'Ascendralu le 19 septembre 2026
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